Google a présenté le 30 septembre Gemini 4 Argon, son nouveau modèle d’intelligence artificielle haut de gamme. L’entreprise revendique la première place sur 13 des 18 tests de performance publiés, devançant GPT-6 Astra d’OpenAI et Claude Opus 5.5 d’Anthropic. Pourtant, le grand public devra patienter : l’accès est pour l’instant réservé à un cercle restreint d’experts en cybersécurité.
Le lancement marque le retour de Google au premier plan après plusieurs mois d’absence. La firme avait annulé Gemini 3.5 Pro au printemps, sur fond de résultats décevants. Argon arrive donc sous une nouvelle bannière, présenté par Koray Kavukcuoglu, vice-président senior de Google DeepMind, comme un modèle taillé pour le raisonnement approfondi sur des tâches longues et complexes.
Les chiffres communiqués par Google placent Argon devant ses rivaux sur la majorité des benchmarks. Sur DeepSWE v1.1, qui mesure la capacité à mener des tâches d’ingénierie logicielle étendues, Argon atteint 77,9 % contre 74,1 % pour GPT-6 Astra et 74,2 % pour Claude Opus 5.5. L’écart se creuse sur AutomationBench de Zapier avec 51,3 % pour Argon, près de dix points devant le deuxième.
Sur le test juridique de Harvey, Argon obtient 19,6 %, presque le triple de Claude Fable 5.1. En compréhension de vidéos longues (LVBench), le modèle culmine à 91,7 % contre 87,5 % pour GPT-6 Astra. Les résultats sont en revanche plus contrastés en programmation pure : dernier sur FrontierSWE v2 et Terminal-Bench 4.0, où les modèles d’OpenAI et d’Anthropic le distancent.
Autre prouesse technique, la limite de sortie grimpe à un million de tokens, contre 64 000 jusqu’ici. De quoi générer une base de code entière ou dérouler un raisonnement fleuve d’un seul jet.
Pour l’heure, Argon reste cantonné au programme Fairwind, un cercle d’organisations triées sur le volet qui traquent et colmatent des failles informatiques. Wiz, spécialiste de la sécurité du cloud, s’en est servi pour repérer une vulnérabilité dans un logiciel de santé utilisé par des hôpitaux du monde entier, que les précédents modèles d’IA avaient manquée.
Google utilise aussi Argon en interne. Des agents ont libéré plus de 300 tébioctets de mémoire dans ses centres de données et réécrit 32 000 lignes du décodeur vidéo libgav1 en Rust, désormais 2,7 fois plus véloce. La migration du noyau Fuchsia, plus de 800 000 lignes de C/C++ vers Rust, est en cours.
La prochaine marche sera l’ouverture aux abonnés Google AI Ultra, la formule la plus onéreuse à 99,99 euros par mois en France. Aucune date n’est fixée. Les utilisateurs des versions gratuites, Plus et Pro continuent avec les modèles de la gamme Gemini 3. Google promet une ouverture au grand public « dès que possible », sans s’engager davantage.
À terme, Argon a vocation à irriguer l’essentiel des services Google, de la recherche à YouTube. Les entreprises qui voudront l’intégrer à leurs propres applications paieront 2 dollars le million de tokens en entrée et 10 dollars en sortie, un tarif d’appel appelé à doubler après la période de lancement.
Cette stratégie de déploiement progressif reflète la prudence de Google. L’entreprise a souvent dominé les benchmarks par le passé, notamment avec Gemini 2.5 Pro puis Gemini 3 Pro, sans toujours convaincre les développeurs les plus exigeants. Les écosystèmes construits par OpenAI et Anthropic sont pensés pour le code et les environnements agentiques. Google, lui, doit encore réinventer l’expérience Gemini pour s’imposer au-delà des scores de laboratoire.
Sources : Frandroid, Numerama, Les Numériques
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